Dans les Matins de France Culture, l'économiste Lucas Chancel et Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de Régulation de l'Énergie, posaient la question clairement : qui possède l'énergie ? Qui la contrôle ? Ce n'est pas une question technique. C'est une question de pouvoir, de propriété et de souveraineté.
Le sujet s'invite avec une acuité particulière au moment où les grandes entreprises technologiques américaines investissent massivement dans la production d'énergie — notamment nucléaire — pour alimenter leurs centres de données. Un mouvement d'une ampleur inédite, qui soulève une question fondamentale pour les territoires : qui décidera demain des conditions d'accès à l'énergie ?
Les GAFAM, nouveaux acteurs de la production d'énergie
En quelques mois, le paysage énergétique mondial a basculé. Trois exemples emblématiques :
- TerraPower (fondée par Bill Gates) a noué un partenariat avec Sabey Data Centers pour construire des réacteurs Natrium au Texas et dans les Rocheuses — directement pour alimenter des datacenters.
- Microsoft a signé un contrat de 20 ans avec Constellation Energy pour relancer la centrale nucléaire de Three Mile Island, pour 1,5 milliard de dollars.
- Amazon a investi 500 millions de dollars dans X-Energy pour développer des SMR (Small Modular Reactors) dédiés à ses infrastructures cloud.
Ce qui est en train de se construire, ce ne sont pas des systèmes énergétiques au service des territoires et des populations. Ce sont des infrastructures énergétiques privées, conçues pour alimenter des besoins privés — et potentiellement contrôlées par une poignée d'acteurs dont les intérêts sont très éloignés de ceux des communes rurales normandes.
Le modèle Big Tech
- Énergie produite pour des besoins privés
- Gouvernance centralisée, loin des territoires
- Investissements déconnectés du tissu local
- Prix et accès décidés par des marchés globaux
Le modèle coopératif
- Énergie produite pour les usagers du territoire
- Gouvernance partagée entre producteurs et consommateurs
- 67 % des charges restent dans l'économie locale
- Prix votés chaque année en assemblée générale
Pendant ce temps, des citoyens organisent la transition autrement
Face à cette concentration du pouvoir énergétique, un mouvement discret mais solide se développe en Europe et en France : celui des coopératives d'énergie citoyenne. Des structures comme Énergie Partagée, Enercoop, GreenAlp, les SCIC locales, ou le réseau européen REScoop démontrent qu'une autre trajectoire est possible.
Ces structures ont en commun de placer les usagers — habitants, collectivités, agriculteurs — au cœur des décisions. L'énergie qu'elles produisent ou distribuent n'est pas un produit financier. C'est un commun, géré démocratiquement, ancré localement.
C'est exactement le modèle dans lequel s'inscrit Combo. Depuis 2006, Bois Bocage Énergie construit une filière bois-bocager dans l'Orne — avec des agriculteurs locaux, des prix votés collectivement, une gouvernance coopérative. Combo prolonge cette logique en rendant la chaleur bocagère accessible aux collectivités rurales, sans investissement de leur part, dans un circuit entièrement local.
Pourquoi cette question concerne les communes rurales normandes
On pourrait croire que les décisions prises dans les datacenters du Texas n'ont pas grand-chose à voir avec le chauffage d'un EHPAD ornais. Pourtant, les dynamiques sont liées. La captation de l'énergie par des acteurs privés de grande taille crée une pression à la hausse sur les prix et réduit la capacité des territoires à maîtriser leur approvisionnement.
Les communes qui choisissent aujourd'hui de chauffer leurs bâtiments avec du bois bocager local, via un contrat avec Combo, font un choix de souveraineté énergétique. Elles ancrent leur budget énergétique dans le territoire, s'affranchissent des marchés internationaux du gaz et du fioul, et contribuent à maintenir une filière agricole et forestière vivante dans le bocage normand.
L'énergie est effectivement un enjeu de pouvoir. Et la réponse que nous construisons dans l'Orne — une coopérative, des haies, des agriculteurs partenaires, des collectivités qui choisissent — est une réponse politique autant qu'énergétique.